Lot 290
[Royauté - Guerre de Cent Ans]
Cadeau royal d’orfèvrerie en vue d’une trêve diplomatique avec l’Angleterre,...
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Cadeau royal d’orfèvrerie en vue... [Royauté - Guerre de Cent Ans]
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[Royauté - Guerre de Cent Ans]
Cadeau royal d’orfèvrerie en vue d’une trêve diplomatique avec l’Angleterre, en pleine Guerre de Cent, 1383
Lettres patentes du roi Charles VI, parchemin, 13,5 x 29,5 cm, à Paris, hôtel lez Saint Pol, 14 mars 1383, ordonnant à ses conseillers de payer à « Symon de Dampmartin » bourgeois de Paris la somme 82 francs, 8 sols et 7 deniers tournois, « en quoy nous sommes tenus aluy pour les Joyaulx qui pèse c’est assavoir pour douze grans hennaps Vermeulx dorez avec un gobelet dorez & hachies pes xxvvii marc ii onces xvii est. & maillé au prix de x francs & demy le marc » « lesquelles choses nous avons eues & achetées de l’un et les avons donné à Nicole Dagonne chevalier ».
L’acquisition par Charles VI dit le Bien-Aimé, de pièces d’orfèvrerie (12 hanaps en vermeil doré, un gobelet et une aiguière aussi dorés), auprès de Simon de Dammartin, changeur et bourgeois de Paris, l’un des fournisseurs attitrés de la Cour de France, qualifié parfois de valet de chambre du duc d’Orléans, n’est pas destiné à l’usage personnel du roi de France. Le document précise qu’ils sont achetés pour être offerts à Nicolas d’Agonne (Sir Nicholas Dagworth), chevalier de la Chambre (King's Knight) du roi Richard II d'Angleterre, envoyé comme ambassade auprès du roi de France. Ces présents ont donc servi comme cadeaux diplomatiques pour honorer les ambassadeurs du roi d’Angleterre.
Pour comprendre cette ambassade, il faut regarder ce qui s'est passé quelques mois plus tôt. En 1383, les Anglais, sous la conduite de l'évêque de Norwich, ont lancé une expédition militaire en Flandre, qu'ils ont qualifiée de "croisade" (car la France soutenait le pape d'Avignon et l'Angleterre celui de Rome). Cette campagne fut un échec total pour les Anglais après l'échec du siège d'Ypres. L'armée royale française, menée par le jeune Charles VI et son oncle le duc de Bourgogne (Philippe le Hardi), s'est mise en marche pour les écraser. Les Anglais, acculés vers la côte (Gravelines), n'avaient d'autre choix que de négocier pour éviter le massacre et pouvoir rembarquer vers l'Angleterre. C'est dans ce contexte de défaite anglaise que l'ambassade de Nicolas d'Agonne arrive, n’étant pas pour dicter des conditions, mais pour sauver ce qui peut l'être et établir une trêve, négocier l'arrêt des hostilités pour permettre le repli des troupes anglaises et ouvrir des pourparlers de paix plus longs. Les négociations principales se tenaient souvent dans la région de Boulogne ou Calais (à Leulinghem), mais la présence de d'Agonne à la Cour (et l'achat des joyaux à Paris) indique qu'il a été envoyé directement auprès du Roi et de ses oncles (Bourgogne, Berry, Bourbon) pour finaliser les accords ou ratifier les traités. Cette ambassade a porté ses fruits. Peu après la remise de ces cadeaux (fin 1383 ou tout début 1384), une trêve est signée le 26 janvier 1384 à Leulinghem, qui prévoyait une suspension des combats pour une durée limitée (initialement jusqu'en octobre). Cela a permis de calmer le jeu temporairement entre la France et l'Angleterre, bien que la guerre ait repris par la suite.
Outre la vente de pièces neuves, Simon de Dammartin avait également la charge (avec l'orfèvre Jehan Le Braillier) de restaurer et remettre à neuf la vaisselle royale, qui s'abîmait beaucoup lors des fréquents déplacements de la Cour. Il était une figure centrale du luxe parisien, fournissant également le frère du roi, Louis d'Orléans (qui alla même jusqu'à souper chez lui), et le duc de Berry.
Estimation : 1 000 € à 2 000 €


